Le 20 juin, le #Brunch philo se penchait sur nos relations avec les machines, l’IA, et ce que cela dit de nos attentes, de notre
humanité…
Retour sur le brunch philo estival proposé par Paddock Academy et animé par Nelly Margotton.








Du soleil, des rafraîchissements, un jardin, l’ombre d’un arbre, quelques livres posés sur la table, le claquettement des cigognes… et un groupe venu prendre le temps de parler d’intelligence artificielle à Val de Moder, dans le jardin de l’Orgelstub, toujours aussi chaleureux dans sa manière de nous accueillir !
Nous n’avons pas seulement évoqué l’IA au regard de ses performances, de ses promesses ou de ses dangers : notre discussion a porté sur ce qu’elle vient peut-être questionner dans nos conversations, nos attentes et notre rapport aux autres.
En effet, les IA génératives répondent désormais à nos questions, nous aident à écrire, à résumer, à chercher une idée, à préparer un voyage ou une réunion. Elles sont disponibles, patientes, rarement « jugeantes », elles savent reformuler, rassurer, et proposer des idées supposément nouvelles et appropriées à nos besoins.
Mais que cherchons-nous exactement lorsque nous nous adressons à elles ?
Une réponse fiable ? Une aide pour penser ? Une disponibilité sans fatigue ? Une absence de jugement ? Ou quelque chose que les relations humaines ne nous donnent pas toujours aussi facilement ?
Photolangage
Pour entrer dans la discussion et partager nos vécus (et pas seulement nos idées), nous avons démarré par un photolangage. Au centre de la table : des images de code, de grilles, de formes géométriques, de mains, de lignes plus chaotiques ; chacun était invité à en choisir une pour évoquer sa relation actuelle avec l’intelligence artificielle.
Curiosité, fascination, méfiance, inquiétude, soulagement : les réactions étaient diverses. Certaines images faisaient penser à la puissance des algorithmes ; d’autres à la rigidité des systèmes ; d’autres encore à une possible coopération entre humains et machines.
Ce détour par les images avait pour finalité d’éviter d’entrer trop vite dans un débat « pour ou contre » ; l’IA suscite volontiers des prises de position immédiates. Elle fascine ou inquiète, elle promet ou menace, et elle fait gagner du temps ou elle nous en fait perdre autrement. Pourtant, il est plus difficile de s’arrêter sur les questions qu’elle fait émerger, surtout lorsque nous ne disposons pas encore des mots pour décrire précisément ce qui est en train de changer.
Des questions plutôt que des certitudes
Les questions sont apparues progressivement :
Que devient une conversation lorsque notre interlocuteur s’adapte toujours à nous ? Une relation sans fatigue, sans désaccord, sans impatience peut-elle vraiment nous aider à penser ?
Les échanges avec l’IA viennent-ils combler des vides peu séduisants : l’ennui, la solitude, le silence d’un proche, la difficulté de demander de l’aide, la peur d’être jugé ? Et que risquons-nous de perdre si nous renonçons trop facilement à la résistance, aux malentendus ou à la fertilité des conflits humains ?
Ces questions n’appellent pas de réponses simples, mais rappellent surtout que l’intelligence artificielle n’est pas seulement une affaire de technologie dans la mesure où elle touche au langage, à l’apprentissage, à la création, au rapport à la vérité, mais aussi à la qualité de notre présence aux autres.
Changement, transformation ou métamorphose ?
Une dernière distinction nous a questionnés en fin de séance :
L’IA nous fait-elle vivre un simple changement : de nouvelles pratiques, de nouveaux outils, une autre manière de rédiger, de chercher ou d’organiser son travail ?
Sommes-nous face à une transformation : des métiers, des organisations et des compétences qui doivent se réinventer ?
Ou assistons-nous à une possible métamorphose : une modification plus profonde de notre manière d’apprendre, de créer, de décider, de nous relier aux autres et de comprendre ce que signifie être humain ?
Il est sans doute trop tôt pour trancher, mais parions qu’il est peut-être déjà nécessaire de créer des espaces où ces questions peuvent être discutées sans être immédiatement refermées.
Retrouver le goût du dialogue
C’est aussi l’une des raisons d’être des #Brunchs philo ! Face à des machines qui répondent toujours plus vite, il devient précieux de préserver des moments où l’on peut hésiter, argumenter, changer d’avis, ne pas être d’accord et chercher ensemble les mots justes.
Ces expériences ne sont pas toujours confortables. Les relations humaines comportent des risques : être mal compris, ne pas être immédiatement approuvé, reconnaître une erreur, rencontrer quelqu’un qui ne pense pas comme nous. Mais n’est-ce pas aussi ce qui enrichit notre subjectivité ? Car c’est au contact de la pluralité que nous apprenons à nuancer nos positions, à prendre la mesure de nos certitudes et à faire monde avec d’autres.
Cette finalité rejoint pleinement celle d’un tiers-lieu comme Paddock Academy : faire se rencontrer des personnes, des idées, des métiers et des expériences qui ne se croiseraient pas forcément ailleurs.
Gabrielle Halpern nomme cela l’hybridation : il n’y a pas lieu de choisir entre des mondes opposés, mais plutôt de créer des ponts entre ce qui semblait séparé : entre innovation et réflexion, entre technologie et relation, entre travail, culture, convivialité et dialogue.
Qu’allons-nous continuer à faire exister entre humains, lorsque les machines commencent à nous répondre ?
Pour prolonger la réflexion
• Gabrielle Halpern, Intelligence artificielle : et l’Homme créa Dieu, Hermann, 2026.
• Gabrielle Halpern, Tous centaures ! Éloge de l’hybridation, Le Pommier, 2020.
• Mazarine M. Pingeot, Inappropriable. Ce que l’IA fait à l’humain, Flammarion, 2026.
• Serge Tisseron, Machines maternelles, PUF, 2026
• Pape Léon XIV, Encyclique
Pour aller plus loin : l’animatrice du brunch philo, Nelly Margotton, approfondit le sujet dans sa newsletter « Quand l’IA nous répond, qu’attendons-nous encore des autres ? »
