Marina Jehl est nageuse olympique, double championne Européenne et de France. De la petite fille de Colmar qui « coupait sous l’eau pour faire moins de longueurs » à l’athlète qui représente la France aux Jeux Olympiques, son parcours est celui d’une outsider permanente. Constamment persuadée qu’elle allait « se faire virer du pôle espoir », jamais dans les critères de la fédération, Marina a construit sa réussite sur un fil. Mais c’est une fracture du pied à six semaines des championnats qualificatifs pour les Mondiaux, et surtout des larmes de joie partagées lors d’un simple relais en Espagne, qui lui ont rappelé l’essentiel : dans le sport de haut niveau comme ailleurs, c’est le chemin qui compte plus que le résultat.
Les débuts : quand rigoler devient le moteur
Marina, pouvez-vous nous raconter vos débuts dans la natation ?
Du coup, moi j’ai commencé à nager parce que mes parents nous ont mis dans l’eau avec mon frère tout petit parce qu’on partait en vacances sur la côte atlantique et ils voulaient qu’on sache nager, se débrouiller dans les vagues. On a commencé avec des cours de natation vraiment basiques, apprendre à nager, se débrouiller dans l’eau.
Au final, le maître nageur qui nous apprenait a dit que j’avais une bonne glisse dans l’eau, donc ce serait intéressant de me mettre en club. De là, on m’a inscrit au club de Colmar où j’ai pas du tout accroché, vraiment pas, parce que c’est pas un sport qui est très marrant, c’était long et dur et j’aimais pas trop ça. Je voulais arrêter.
Il y a eu un changement d’entraîneur et mes parents m’ont dit : « Bon, essaye encore avec cet entraîneur, on fait une année et tu verras si ça te plaît. » Et j’ai vraiment accroché avec cet entraîneur. On avait une très bonne relation, on rigolait beaucoup.
Qu’est-ce qui a fait que vous avez eu le déclic avec cette personne ?
C’est une très bonne question qu’on m’a jamais posé, je pense, et que je me suis pas vraiment posée à moi-même. Moi, j’ai toujours eu besoin de m’amuser dans ce que je faisais. L’école et trucs comme ça, ça m’a pas toujours plu. Moi, j’ai vraiment besoin de rigoler et on m’a beaucoup reproché de faire le clown.
Mon nouvel entraîneur, il faisait peur au début. C’était vraiment un monsieur cheveux longs barbu, c’était le père fouettard. Il était assez flippant. Donc j’avais un peu peur, je me suis dit on aurait jamais dû reprendre une année, c’est pas une bonne idée du tout.
Au final, il a créé un peu ce truc où on s’amusait aux entraînements. On avait quand même cette liberté pour rigoler entre nous, entre les copines, avec les copains. Je pense aussi que tout simplement j’avais un groupe, j’avais des amis et moi j’étais contente d’aller m’entraîner à chaque fois avec mes copains. Je retrouvais mes copains de la piscine. On se voyait à l’extérieur, on faisait des trucs tous ensemble. Quand on partait en compétition, on partait en stage, on était tous ensemble, on était trop content, on mettait la musique qu’on voulait dans le minibus. Il y avait vraiment ce côté où on s’amusait à tous les entraînements.
C’était une approche ludique qui m’a permis de m’épanouir. C’est très important je pense. Il créait des entraînements qui me plaisaient. C’était pas que nager, nager, nager. On réfléchissait à ce qu’on faisait. On faisait des séances le vendredi, je me souviens, que j’adorais où on faisait une longueur à fond, on sortait, on faisait des pompes, on replongeait, on ressortait. C’était marrant quand on est petit, on adore faire ça.
Si on était triste en stage, il nous faisait un câlin. C’était pas un entraîneur froid, distant. C’était un peu notre deuxième papa à toutes. Il s’occupait bien de nous. Et la preuve, il m’a bien redirigé après.
L'apprentissage de la rigueur : Fontromeu
À quel moment vous avez eu le déclic de vous dire : je vais faire de la compétition et être extrêmement exigeante avec moi-même ?
Quand on m’a inscrite en club à Colmar, ça s’est fait tout seul. Je me suis mise à la compétition mais moi j’avais pas du tout en tête de performer ou de devenir la meilleure ou de battre les autres. La compétition, c’était pas du tout dans mon ADN. Moi, je voulais juste rigoler avec mes copines.
C’est quand je suis partie à Fontromeu — j’ai postulé dans différents pôles espoir : Nice, Mulhouse, Toulouse, Fontromeu. J’ai été prise qu’à Fontromeu parce que j’avais pas un niveau qui cassait trois pattes à un canard à ce moment-là. Mais on a cru à mon potentiel là-bas. C’est comme ça que je suis partie à 14 ans à l’autre bout de la France dans les Pyrénées orientales.
J’ai rencontré l’entraîneur, c’était une femme qui prenait en charge le pôle espoir qui était très dure et très sérieuse et très stricte. Quand tu as 14-15 ans, elle nous effrayait. On avait vraiment peur de cette femme. Bon, maintenant je l’adore et elle m’a vraiment beaucoup servi dans mon parcours. Mais je pense que c’est vraiment là que j’ai appris à être très rigoureuse et très sérieuse.
C’était le genre de truc où tu faisais un pas de travers, tu te faisais bien engueuler devant tout le monde et tu t’en souvenais. C’est là où la petite fille de Colmar qui coupait sous l’eau pour faire moins de longueur et qui préférait rigoler à chaque fois qu’elle était au mur, s’est calmée. Du coup, c’est là où j’ai appris à être sérieuse à l’entraînement. Mais plus par peur je pense que par envie.
Mais encore une fois, ça s’est bien passé. Pourquoi ? Parce que je me suis fait beaucoup d’amis à l’internat et si dans l’eau on rigolait pas, hors de l’eau, à l’internat, dans les chambres, en classe, on rigolait beaucoup. J’ai appris à être rigoureuse là pour la suite mais j’avais toujours pas en tête cette idée de vraiment performer.
Vivre avec le doute permanent
Moi ce qu’il faut savoir, c’est que chaque année, j’étais sûre que j’allais me faire virer du pôle espoir parce que j’étais toujours un peu à la limite avec les critères pour rester. Certes je progressais mais j’avais pas un niveau, je faisais pas partie des meilleurs et je pensais que j’allais me faire virer. Au final, d’année en année, je suis restée, je suis restée.
Est-ce que vous avez rencontré ces moments d’incertitude, de doute ?
Oui, j’en ai rencontré plus d’un. Tout au long de ma carrière, surtout au début, j’étais pas dans les critères qu’il fallait à tel âge pour avoir telle aide de la fédération, accéder à tel stage avec les jeunes. J’ai jamais été là-dedans. Donc déjà, c’est pas encourageant quand on est jeune.
Encore là, j’ai eu de la chance parce que j’avais des entraîneurs qui croyaient en moi. J’en ai eu plusieurs à Fontromeu puis à Cannes où vraiment j’avais une relation particulière et ça se passait bien et c’est pour ça que j’ai continué.
L'échec qui change tout : le pied cassé
Moi le moment le plus marquant pour moi ça a été en 2023. Je suis en stage à Fontromeu justement. Donc j’habitais plus à Fontromeu mais je suis montée en stage là-haut. C’était une semaine où j’étais très fatiguée parce que c’était les dernières semaines de charge avant les championnats de France et j’avais mes partielles qui tombaient là donc j’étais en pleine révision entre les entraînements. La charge était énorme.
J’étais en musculation. Je soulève une barre, elle me glisse des mains, elle me tombe tout de suite sur le pied. Je me fais une fracture, une fracture de la deuxième métatarse du pied droit. Moi sur le coup je saute partout dans la salle à cloche pied et je dis à tout le monde « C’est pas cassé, c’est pas cassé. » Bon, j’avais le pied énorme, il y avait une bosse et un creux là où la barre était tombée puis une autre bosse.
On monte à cloche-pied jusqu’à l’infirmerie qui était à l’autre bout du centre où je connaissais tout le monde. Donc ils m’ont vite pris en charge. On fait la radio : pied cassé. Je dis au médecin : « Mais c’est combien de temps pour qu’un os se répare ? » Il me dit : « C’est au moins 6 semaines. »
J’avais exactement 6 semaines avant les championnats de France qui étaient qualificatifs pour les championnats du monde de 2023 au Japon. En plus, j’avais trop envie d’aller au Japon. Du coup, moi c’est le premier truc que je me suis dit quand il m’a annoncé six semaines, je dis : « Bah c’est bon, ça rentre. Il faut 6 semaines pour que ça se répare, dans 6 semaines il y a les championnats, je pourrai plonger. »
Vous restez très positive même dans ces moments de… ?
Ouais. Parce que j’avais pas envie de me dire… En fait, c’est que la saison avait tellement bien été lancée que je voulais, j’arrivais vraiment à me projeter sur ce voyage au Japon, cette compétition et du coup j’arrivais pas à me dire « Bah c’est mort. » Je voulais pas me dire ça, j’avais pas envie.
Donc du coup, moi je me suis dit : « Vaut mieux être un peu naïve et me dire ‘Allez c’est bon, on y va, en force, ça va le faire.' »
Direct, j’en parle avec mon coach, je dis : « Voilà, on a 6 semaines, faut qu’on trouve des trucs, on peut réussir et si tout se passe bien, si je fais attention à mon pied, on peut arriver à la compète et nager. » Après, est-ce qu’on fera les résultats ? Moi je m’entraîne donc il y a pas de raison qu’on y arrive pas. Sachant que moi je visais des relais et que j’avais fait des très bonnes performances avant la fracture qui me permettaient d’espérer ces relais.
Je suis arrivée au bord du bassin et j’ai pu nager. Déjà c’était une première victoire de pouvoir venir et participer. J’ai pas fait les temps que j’espérais. J’ai pas pu me qualifier au Japon et du coup je l’ai un peu vécu comme un échec parce que c’était l’objectif de ma saison et la fille qui, la dernière qui est partie sur le relais, elle a fait un temps que moi j’avais fait 3 mois plus tôt. Donc j’avais vraiment le niveau.
Sachant que ma première équipe de France, je l’avais faite l’année d’avant. Donc c’est pas comme si j’avais été des années en équipe et que c’était acquis et que je sentais que j’avais ma place. J’avais encore besoin de me prouver des choses et donc ça avait pas passé et j’avais été très déçue, très déçue.
Vous vous autosuggérez à vous-même en disant : « Non, j’ai trouvé d’autres alternatives. Je me suis entraînée comme je le souhaitais. »
C’est pour ça que j’ai été déçue aussi, parce que j’avais pas l’impression d’avoir pris du retard, j’avais l’impression d’avoir fait de mon mieux. J’ai cru jusqu’au bout.
Bon après, les choses ont fait que forcément avec un peu de lucidité, c’était vraiment très compliqué. Mais maintenant avec du recul, je le vis plus comme un échec parce que ça m’a appris beaucoup de choses.
La révélation : le relais en Espagne
Est-ce que du coup vous avez développé d’autres choses ?
Énormément de choses. Après cette compétition, donc moi je suis pas partie aux championnats du monde. Nos championnats de France sont à peu près en juin et on continue à nager jusqu’à début mi-août. Il me restait encore au moins une compétition de fin de saison à faire. C’était pas les championnats du monde, j’ai fait les championnats d’Espagne.
J’ai un autre club. J’ai un club en France, un club en Espagne. Je nage avec ce club là-bas, c’était à Malaga. Donc en plus on part au sud de l’Espagne, il fait beau, il fait chaud, c’est la bonne ambiance, on est content. Dernière compétition de l’année.
Je fais toute ma compète, ça se passe bien parce que les meilleurs espagnols sont pas là. Donc moi, je gagne toutes mes courses. C’est très sympa. Ça remet bien en confiance après justement cette saison qui a été un peu dure.
On arrive aux dernières courses, un relais. Mon club espagnol, c’est pas un petit club d’Espagne mais c’est pas un gros club non plus. Ils sont à peu près 10e. Ils ont jamais accès vraiment au podium. Là, on a le dernier relais où on avait cette possibilité de gagner parce que j’étais dans l’équipe et que ça relevait un peu le niveau des filles.
On nage, on fait notre course, tout se passe bien, on finit première. Les filles, toute la course, elles étaient trop « waouh », elles criaient partout, elles étaient à fond. Les Espagnols en plus, ils montrent vraiment leurs sentiments. On touche, on gagne, elles sautent de joie, elles se mettent à pleurer. Toute l’équipe qui nous regardait, qui nous encourageait se mettent à pleurer, les parents dans les gradins pareil. Ils sont tous venus nous faire un câlin derrière le plot. C’est des choses qu’on fait pas du tout en France, vraiment pas.
Ça m’a fait un électrochoc et ça m’a rappelé à quel point c’est cool de partager des trucs. Parce que pendant, ça faisait quelques années où vraiment j’étais, où je commençais à avoir accès aux équipes de France où je me mettais la pression et je me disais « Faut que je fasse ça, ça » et puis c’est la recherche de la perfection, on est dur avec soi-même et c’était plus du tout le même plaisir.
Là, j’ai vécu ça. Je les ai vues en larmes et tout et pour moi c’était juste… On avait touché, on avait gagné. Comme je savais qu’on avait des chances de gagner, j’étais « Ouais c’est cool, on a gagné » mais bon, moi j’étais pas là pour ça. Moi je voulais être au Japon.
En fait, on a touché, on a gagné et elles pleuraient, tout le monde pleurait, ils se faisaient des câlins et c’était jamais arrivé qu’ils gagnent un relais. Je les ai regardées et je me suis dit : « En fait c’est ça, c’est ça la natation, c’est ça que j’aimais avant. » C’est tout le monde est content et tout le monde est… C’est des vraies émotions. C’est ça le sport aussi. C’est des émotions très pures qu’on partage.
Ça m’a ramené à ça et je me suis dit : « Waouh, en fait c’est ça que je veux vivre maintenant jusqu’à ce que j’arrête de nager. »
Redéfinir la réussite
C’est une réussite aussi de d’avoir cette prise de conscience et de voir effectivement cet élan finalement très fraternel.
Oui, c’est ça. Dans le sport, on se voit dans tous nos états, des plus mal au meilleur. C’est des liens qui sont très particuliers. Forcément tu te soutiens et tu es très content pour l’autre quand ça fonctionne comme tu peux être très triste quand ça fonctionne pas.
Là, ils étaient tellement heureux et tout et c’était si pur que je me suis dit : « Mais en fait ouais, c’est vraiment ça que je veux vivre maintenant. » Ça m’a même fait dire que j’étais mieux là qu’au Japon où j’aurais fait une course, on aurait pas fini, on aurait peut-être même pas accédé à la finale mondiale et on serait resté… J’aurais fait vraiment une course et voilà. Alors que là, j’aurais pas du tout ressenti les mêmes choses.
Ça m’a appris tellement de choses. Je me suis dit : « En fait c’est ça que je veux. » Après la rentrée, je suis, j’ai fait tout de suite des séances avec mon prépa mental. Je dis : « Maintenant, il s’est passé ça cet été. J’ai vécu ça. Je veux ressentir ça à chaque course. Peu importe la course que je fais, préparation, pas préparation, championnat. » C’était l’année des jeux en plus. Donc je lui dis : « Même le jour de la qualif des jeux, je veux ressentir ça à chaque cours, je veux avoir la même excitation, le même plaisir. »
Donc on a travaillé sur comment… Qu’est-ce qui m’a donné autant de plaisir, comment on se sentait, qu’est-ce qui s’est passé.
Construire sa confiance
C’est tout un état d’esprit. Je pense qu’il faut avoir une forme de confiance en soi aussi. C’est quelque chose que vous avez pu développer justement à travers vos compétitions, vos entraînements ?
Oui. C’est quelque chose sur lequel j’ai dû travailler. Moi j’ai toujours eu un peu cette sensation de… Comme je dis, à Fontromeu, j’ai toujours cru que j’allais me faire virer. Quand je suis rentrée en équipe de France, j’ai eu l’impression d’avoir la chance qu’on me fasse rentrer dans l’équipe de France et pas que je me suis qualifiée en équipe de France.
Ça m’a suivi longtemps. Je suis rentrée aux Jeux Olympiques, j’ai été qualifiée mais j’étais pas du tout dans les meilleurs. Toute la saison, je savais qu’il fallait que le jour J je sois présente parce que je faisais partie des outsiders et que j’avais possiblement ma place mais que c’était vraiment pas gagné. Je suis rentrée mais j’avais un peu cette impression de « J’ai eu de la chance ce jour-là. »
Ça m’a suivi longtemps encore. Franchement c’est très récent que je commence à me dire : « Waouh, ça y est, j’ai ma place, je l’ai cherché, c’est moi. »
Message aux jeunes
Si vous aviez un message à faire passer à des jeunes qui ont envie de réussir dans un parcours professionnel, dans un projet, un projet de vie, voilà création d’une entreprise ou effectivement des personnes qui sont dans des compétitions sportives et qui ont envie de se dépasser, d’arriver sur le podium, qu’est-ce que vous pourriez leur transmettre comme message ?
Je pense qu’il faut y croire déjà parce que c’est pas toujours évident. On nous ouvre pas toujours toutes les portes. Je pense qu’il faut y aller vraiment step by step. Viser les petites marches et après on monte, on monte. Moi j’ai l’impression que c’est un peu comme ça que mon parcours s’est fait.
Il faut se donner les moyens en fait. C’est vraiment : est-ce que je vais y arriver en restant dans mon canapé ? Moi je vis vraiment avec un truc où je me dis : il faut pas avoir de regrets. Je vais faire à fond pour pas avoir de regrets.
C’est comme ça que je me suis qualifiée aux jeux. Pendant 2 ans, je me suis entraînée, j’ai tout fait en me disant : « Je veux pas de regret le jour J. » Donc la nourriture, le sommeil, j’ai tout adapté en disant : « Je veux pas de regret. Si ça passe pas le jour J, j’aurais tout essayé et c’est pas mon niveau. C’est pas mon niveau. C’est comme ça. »
Si on essaie pas, on peut pas savoir. Donc des fois, on est déçu, des fois ça marche pas mais on a appris des choses sur le parcours.
L'importance de l'entourage
Un point aussi qui me semble crucial que j’ai entendu dans votre parcours, c’est effectivement s’entourer de personnes référentes mais qui croient en vous surtout et qui ont repéré aussi comment vous faire progresser, vous faire avancer.
Après moi je veux pas parler pour tout le monde parce que c’est comme ça que moi je fonctionne. Je suis très dans l’humain et j’aime les relations et j’aime m’amuser quand je suis avec quelqu’un. Vraiment moi c’est mon moteur principal. Quand je vais à l’entraînement, c’est que je vais revoir mon équipe, je vais revoir mon coach, je vais rigoler, on va s’amuser, il y aura forcément un moment où on va pleurer de rire et ça va être top.
Après les jeux, j’avais plus du tout envie de m’entraîner comme tous les athlètes qui font les jeux. Le seul truc qui me faisait venir à entraînement, c’était mes copains. « Bon ben, je vais passer 2 heures avec mes copains, ça va être cool. »
Donc moi, c’est comme ça que je fonctionne. Je me suis entourée de personnes. En même temps, j’ai l’impression que j’ai fait le bon choix en allant à Cannes et je me suis entourée de cette équipe et en même temps, j’ai l’impression d’avoir de la chance que cette équipe existe et que je puisse être dedans. Donc c’est un peu un mix des deux.
Mais c’est sûr que c’est hyper important d’avoir les bonnes personnes autour de soi et d’avoir des personnes ressources à qui demander, à qui avoir de l’aide, du soutien. Pour moi, c’est indispensable pour réussir.
La légèreté comme nécessité
S’octroyer un peu de légèreté… Quand vous dites légèreté, vous dites rire, avoir de voilà être entouré avec des gens avec qui vous pouvez rire de tout, avoir de l’humour, partager des moments plus ludiques, plus festifs.
Je pense, je pense. Parce qu’il faut pas oublier que tout ça c’est pas si important. Moi je fais que de la natation, on pourrait dire « Je fais que de la piscine » comme les gens disent. C’est un truc sur lequel je travaille aussi. Je fais que de la piscine en fait. Il y a un moment donné ça s’arrêtera d’ici quelques années. J’aurais plus envie de mettre un pied dans l’eau parce que ce sera la fin de ma carrière.
C’est dur, c’est super dur de prendre ce recul. Moi je m’entraîne 25 heures par semaine. Si on rajoute les séances de kiné, prépa et tout, ça monte à 30 heures. Sur une semaine, tout ce que je dédie à la natation. Je dors natation. Je me couche à telle heure pour essayer de… Je mange… Donc là, oui, c’est dur de se dire « C’est que de la piscine. » Forcément, c’est 80 % de ma vie en ce moment.
Mais en vrai, c’est que de la piscine. Oui, je vais peut-être pas me qualifier au prochain championnat du monde ou au championnat d’Europe. Bah, c’est pas très grave en fait. Ça me change… Oui, personnellement, ça me change des choses d’être championne d’Europe, mais en vrai, dans ma vie, est-ce que je serai plus heureuse si je suis championne d’Europe en 2023, en 2025 ou jamais ? Bah sur le long terme, je pense pas que ça change vraiment quelque chose.
C’est un accomplissement, c’est sûr. Mais si tu as fait tout ce qu’il fallait avant, c’est plus le chemin en fait qu’il faut savoir apprécier que le résultat.
Apprécier le chemin
Très beau ce que vous venez de dire. Apprécier votre chemin effectivement.
Vraiment j’essaie de m’accrocher à ça. Bah après, c’est facile à dire là, je suis en vacances, c’est facile. Quand je vais m’entraîner là en janvier, que je vais retourner, que je vais galérer, je vais pas apprécier le chemin.
Moi ce qui me fait vibrer, c’est quand je fais une super course et que j’ai toute mon équipe derrière et qui sont à fond et que quand je sors, on a tous les larmes aux yeux et qu’on est trop content.
J’essaie vraiment de vivre ça comme une aventure qui, je sais, va se terminer. Maintenant, j’ai tellement vécu plus de choses que ce que je pensais vivre un jour que c’est que du plus. Chaque truc que j’arrive à gratter… On a fait un record de France, j’aurais jamais pensé avoir un record de France dans ma vie. J’en ai un depuis les mondes de l’an dernier. Je suis double championne de France, même triple championne de France. C’est plein de petits trucs comme ça que j’aurais jamais pensé avoir.
Là, j’ai fait ma première qualif en individuel au championnat d’Europe il y a 3 semaines en petit bassin au Scroll où je suis 10e européenne.
Bien sûr, il y a encore des fois où je pleure, où je suis épuisée, où c’est dur, où je suis déçue. Mais avec du recul, j’essaie toujours de ressortir que le positif parce que c’est beaucoup plus que ce que j’aurais espéré de ce sport et que quand je suis partie de chez moi à 14 ans, j’aurais jamais imaginé vivre tout ça.
Le mot de la fin
C’est toutes ces tous ces moments effectivement d’incertitude, de fatigue, de doute qui font finalement que vous avez ce chemin-là aujourd’hui, que vous le dites, vous l’appréciez et je crois que c’est aussi un peu le mot de la fin de dire effectivement à nos auditeurs d’apprécier le chemin qu’ils ont entrepris. On fait des rencontres qui nous poussent aussi à nous dépasser.
En tout cas, je vous remercie vraiment beaucoup. C’est très passionnant. Je trouve, voilà, vous avez beaucoup d’humilité. Je suis très impressionnée par votre parcours. Je vous souhaite vraiment le meilleur sportivement.
Merci beaucoup. Pour moi aussi c’était vraiment top, j’ai adoré. Merci beaucoup, merci pour l’invitation.
Les 5 leçons de Marina Jehl pour transformer l'obstacle en révélation
1. Refuser l’abandon avec une « naïveté » assumée : « Vaut mieux être un peu naïve et me dire ‘Allez c’est bon, on y va, en force, ça va le faire.’ J’ai pas envie de me dire ‘c’est mort.’ » Face au pied cassé six semaines avant les qualifications, Marina choisit de croire plutôt que de renoncer.
2. Se donner les moyens pour ne pas avoir de regrets : « Pendant 2 ans, je me suis entraînée, j’ai tout fait en me disant ‘Je veux pas de regret le jour J.’ La nourriture, le sommeil, j’ai tout adapté. Si ça passe pas, j’aurais tout essayé et c’est pas mon niveau. C’est comme ça. »
3. Apprécier le chemin plus que le résultat : « Dans ma vie, est-ce que je serai plus heureuse si je suis championne d’Europe en 2023, 2025 ou jamais ? Sur le long terme, je pense pas que ça change vraiment quelque chose. C’est plus le chemin qu’il faut savoir apprécier que le résultat. »
4. Redécouvrir les émotions pures du partage : Le relais en Espagne lui rappelle l’essentiel : « Je les ai vues en larmes et je me suis dit : ‘C’est ça la natation, c’est ça que j’aimais avant.’ C’est des vraies émotions. C’est ça le sport aussi. »
5. S’entourer des bonnes personnes et s’autoriser la légèreté : « Mon moteur principal quand je vais à l’entraînement, c’est que je vais revoir mon équipe, mon coach, je vais rigoler, on va s’amuser, il y aura forcément un moment où on va pleurer de rire. » L’humain et le plaisir partagé comme fondation de la performance.
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