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#BrunchPhilo : Peut-on encore s’émerveiller, agir et durer ensemble ?

Le dernier brunch-philo s’est tenu pour la première fois à Strasbourg, dans le cadre du festival Kaleidoscoopie #4 qui célébrait le 4 ème anniversaire du Kaleidoscoop, un autre tiers-lieu . Ce #BrunchPhilo était organisé conjointement par Paddock Academy et Singa Strasbourg !

Cette nouvelle séance a donné lieu à des échanges particulièrement vifs et riches, signe que cette question a rencontré quelque chose de bien vivant dans l’expérience des participants !

Une écoute qui ouvre la réflexion

Nous sommes partis d’une écoute de Spem in Alium de Thomas Tallis, qui, en plus d’avoir ému la plupart des participants, a immédiatement fait émerger des mots comme élévation, vertige, présence, intensité, ouverture. Cela nous a conduits à distinguer surprise, émerveillement et étonnement. La surprise semble plus immédiate et ne nous met pas nécessairement en mouvement ; quant à l’émerveillement, il ouvre et réjouit en même temps alors que l’étonnement, lui, dérange davantage, fissure les certitudes et met la pensée en mouvement.

Contemplation et émerveillement : quelle interdépendance ?

La notion de contemplation a aussi été évoquée et nous a permis de questionner l’interdépendance de la contemplation et de l’émerveillement : si certains s’accordaient à estimer que la contemplation donnait une durée plus longue à l’émerveillement, d’autres affirmaient qu’on pouvait aussi contempler sans être émerveillé, dans une forme de réelle présence au monde qui nous permettait d’être plus ouverts à ce qui est plus grand que nous.

S'émerveiller sans naïveté : résister à l'enténèbrement

Une autre question a animé la discussion : peut-on encore s’émerveiller sans naïveté ? À partir de Belinda Cannone, nous avons exploré l’idée que l’émerveillement n’est pas un déni du sombre, mais une manière de résister à l’enténèbrement, de rester attentif au monde, à l’altérité, au modeste, à ce qui surgit encore comme événement.

Une joie lucide selon Spinoza

Nous avons aussi évoqué Spinoza à travers une conception de la joie très éloignée de la « positivité » ambiante : il ne s’agit pas d’une joie factice mais d’une joie lucide, capable de coexister avec la tristesse, et de nous fortifier sans nous mentir.

Collectif et durée : l'importance des rituels

Enfin, la question du collectif et de la durée a commencé à émerger à travers Richard Sennett et Byung-Chul Han : comment durer sans s’épuiser ? Qu’est-ce qui rend un collectif habitable ? Quelles formes, quels rythmes, quels rituels nous aident encore à tenir ensemble ? Le dernier ouvrage de Han, La Disparition des rituels, qui semble avoir éveillé la curiosité de futurs lecteurs, nous a donné un éclairage intéressant : les rituels sont précieux parce qu’ils nous déplacent hors du seul moi : ils donnent une forme partagée au temps, aux gestes et à l’attention, là où le narcissisme nous replie sur l’entretien de nous-mêmes. En rendant le monde plus habitable, ils soutiennent aussi l’hospitalité : ils créent des seuils, des rythmes, des manières d’accueillir l’autre sans l’absorber, et renforcent ainsi le collectif non par fusion, mais par une présence commune plus stable et plus ouverte.

Questions à poursuivre

Ce sujet est loin d’être épuisé, mais quelques questions fortes restent avec nous, formulées par les participants avant leur départ :

  • Comment intégrer l’émerveillement dans le quotidien malgré les contraintes et les obligations ?
  • S’émerveiller, est-ce « faire comme un robot » ou être vraiment humain ?
  • Peut-on s’émerveiller durablement ?
  • Comment s’émerveiller collectivement ?
  • Comment bien travailler le sens des mots ? Comment associer l’émerveillement aux questions d’engagement et de motivation au travail ?

Bibliographie présentée aux participants

  • Byung-Chul Han, La disparition des rituels
  • Belinda Cannone, S’émerveiller
  • Spinoza, Ethique
  • Richard Sennett, Ensemble pour une éthique de la coopération
  • Andrea Marcolongo, Etymologies pour sortir du chaos
L’animatrice du brunch, Nelly Margotton, a publié un texte sur ces questions reliées au monde du travail à lire dans sa newsletter ici.

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